Images du père
June 7th, 2006 par
Zongo
De grands yeux couverts de sourcils fins, comme un toit. Deux mares de bleu, vives et pétrifiantes, qui suivent, jugent et pèsent, apaisent, parfois. Un nez volontaire mais pas trop, une bouche fine, elle aussi, qui s’agite et mitraille avec l’élocution typique de celui qui parle pour être écouté, là-bas, au fond de la classe. Et puis dans la denture, une dent plus petite que les autres. Celle que je porte aussi à mon sourire en coin. Tare congénitale, clin d’oeil paternel, marque de fabrication. Ses mains longues marquées par le travail serrent pour l’une une plume pour l’autre une cigarette. Deux attributs qui l’identifient dans le brouillard de l’enfance, à côté d’autres, comme ses bras musclés qui me portent, contre lui, emmailloté dans son pull marin. J’ai trois ans, peut-être moins et lui paraît tel qu’en lui-même réservé et omniprésent. Des mains qui discutent en fendant l’air, des mains qui donnent au compte goutte, comme gênées, de l’amour filial à revendre, par trop pleins, grandes rasades, un peu comme un vin de pays soudainement mis en perce.
Les images s’empilent de plus en plus vite, jusqu’à la dernière, la plus difficile à éviter, mais pas forcément la plus forte. Oui. Les images du père s’empilent dans ma boîte cranienne comme dans une boîte à chaussures pas assez remplie. Elles bercent mes jours et parfois mes nuits, fantôme d’un homme, rêve d’enfant, certitude d’adulte.
Souvenirs et derniers soupirs, la tête tournée vers les vignes.
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